Le traité de Grenade

Le 25 novembre 1491 était signé le Traité de Grenade : après huit mois de siège du dernier bastion musulman dans la péninsule ibérique, il marquait la fin définitive d’al-Andalus.

Après dix ans de campagnes militaires entrecoupées d’intrigues de cour incessantes, le dernier émir nasride de la ville, Muhammad XII, n’avait pu opposer de résistance sérieuse à la volonté déterminée de Ferdinand d’Aragon & d’Isabelle de Castille d’achever la ‘Reconquista’. En échange de la reddition de sa capitale & de l’annexion de son royaume par les Rois Catholiques, un domaine lui était accordé dans les Alpujarras, entre la Sierra Nevada & la Méditerranée. Par les termes de cette capitulation, Grenade se voyait également accorder un délai de 2 mois pour ouvrir ses portes aux troupes espagnoles, ce qui se produira finalement le 2 janvier 1492 : triste jour pour la Ummah, la fin de huit siècles d’une épopée qui avait vu les musulmans porter la péninsule à un niveau de prospérité tel que le monde n’en avait jamais connu.

Les musulmans de Grenade semblaient toutefois avoir obtenu des termes avantageux, à l’image de leur émir, énumérés dans les 67 articles du Traité : sécurité de leurs personnes & de leurs biens, maintien de leurs lois (sharî’a) & de l’adhân, libération de leurs captifs, préservation de leurs mosquées, interdiction des conversions forcées au christianisme, autorisation de conserver leurs armes, protection contre d’éventuelles persécutions ou discriminations, et enfin liberté de rester sur leurs terres, de s’installer en Castille ou toute autre région chrétienne, ou de s’exiler au Maghreb. C’est d’ailleurs cette dernière option que choisira finalement Muhammad XII, déclarant que “malgré l’offre respectable du seigneur de Castille, notre foi en Allâh ne nous permet pas de rester sous la protection de la mécréance”.

Le Traité sera effectivement respecté, tout du moins pendant 7 ans : Ferdinand d’Aragon estime en effet que l’interaction pacifique avec les catholiques fera réaliser aux musulmans “l’erreur” de leur foi sans besoin d’autre mesure coercitive. Il nomme un évêque modéré à Grenade, et un conseil municipal mixte y est même mis en place, où les musulmans peuvent élire leurs propres représentants. Face à l’échec de cette politique en termes de conversions, Ferdinand finit par nommer un nouvel évêque, Cisneros, adepte de méthodes bien plus brutales : ses exactions & provocations diverses – en violation flagrante du Traité – conduisent à une révolte des musulmans de Grenade en 1499, rapidement suivie d’une conversion forcée de l’ensemble des habitants au catholicisme.

Le calvaire des morisques avait commencé, pour ne s’arrêter que 120 ans plus tard, par leur expulsion définitive de la péninsule.

‘Issâ Meyer, 8 rabi’ al-awwal 1439.

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