Le pont de Mostar

Il est des symboles qui marquent l’Histoire, et le fameux pont de Mostar en est sans doute un, tant sa destruction le 9 novembre 1993, lors de la guerre de Bosnie, avait alors ému le monde…

Sous la direction de Mimar Hayruddin, élève du plus grand architecte de l’Empire ottoman, Sinan Pasha, sa construction prit 9 ans pour s’achever en l’an 974 de l’Hégire (1566). La légende veut que, menacé d’exécution en cas d’échec, l’architecte ait préparé ses funérailles la veille du jour où l’échafaudage devait être retiré de la structure. Et pour cause : commandé par le sultan Suleymân ‘le Magnifique’ lui-même pour la somme de 300.000 pièces d’argent & supervisé par son gendre, le pont de Mostar est alors une véritable prouesse technique aux dimensions inouïes pour l’époque.

Surplombant le fleuve Neretva d’une trentaine de mètres, l’édifice est l’une des merveilles de son temps, ainsi que l’écrit Evliya Çelebi, célèbre voyageur ottoman : “Le pont de Mostar est tel un arc-en-ciel s’élançant vers les cieux… Pauvre & misérable esclave d’Allâh que je suis, j’ai traversé 16 pays mais je n’ai jamais vu un tel monument, jeté d’une falaise à une autre !” Mostar devenant un centre important de la province ottomane de Bosnie, son pont finit par représenter l’architecture islamique des Balkans, mais aussi cette coexistence si particulière entre communautés vivant sous la sharî’a, puisqu’il relie les quartiers catholiques, à l’Ouest, aux quartiers musulmans, à l’Est.

Pendant 427 ans, sa solidité lui permettra de survivre à toutes les vicissitudes du temps – et à tous les conflits qui parsemèrent l’histoire de la région. Jusqu’à ce triste jour du 9 novembre 1993, en pleine offensive croate contre les zones musulmanes : ciblé délibérément par une soixantaine d’obus de char, le ‘Stari Most’ s’effondre. D’une importance tactique quasi-nulle, c’est évidemment pour sa dimension symbolique que le monument a été visé : comme plus tard lors des destructions systématiques de mosquées au Kosovo, l’acte est perçu, à juste titre, comme une volonté de détruire la culture & d’effacer la mémoire des musulmans de la région.

Une tentative fort heureusement balayée par l’Histoire, puisque la reconstruction du pont de Mostar, menée par une firme turque utilisant techniques ottomanes ancestrales & pierres locales, s’achèvera, enfin, en 2004.

‘Issâ Meyer, 20 safar 1439.

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