L’abolition du califat

Il y a 94 ans, le 3 mars 1924, le funeste Atatürk frappait peut-être le coup le plus fort – tout du moins le plus “médiatique” – dans sa guerre contre l’islam en prononçant l’abolition du califat. Après près de treize siècles d’alternance à ce poste – et quoi qu’on pense des derniers Ottomans -, la Ummah se réveillait ainsi symboliquement “sans tête”.

Après avoir aboli le sultanat ottoman en 1922 – et donc réduit les pouvoirs du calife à un titre honorifique, le nouvel homme fort de la jeune république de Turquie hésitait toutefois à s’en prendre à ce poste ultra-symbolique, redoutant la réaction des masses turques encore attachées à l’idée du califat : c’est une campagne de soutien des musulmans indiens au calife qui va lui fournir un prétexte commode. Accusés d’être des “pantins de l’étranger”, les partisans du califat subissent une campagne d’intimidation & de violences, et Atatürk devient de plus en plus virulent à l’égard du calife Abdülmecid, lui écrivant : ‘Votre poste, le califat, n’est rien de plus qu’une relique de l’Histoire. Son existence n’a aucune justification. Quelle impertinence que vous osiez écrire à ne serait-ce qu’un de mes secrétaires!’

Après avoir préparé l’opinion à son coup de force en avançant au cours des mois précédents que ‘l’idée de califat n’a ni sens ni existence, ni dans la politique ni dans la religion’ et que ‘l’existence du poste de calife menace l’existence & la liberté de la République de Turquie’, Mustafa Kemal déclarait le 1er mars à l’Assemblée que ‘la religion de l’islâm s’élèvera si elle cesse d’être un instrument politique, comme cela a été le cas dans le passé’. Dans la foulée, la loi 431 de la “Grande Assemblée Nationale Turque” était votée : abolition du califat & du poste de calife, exil forcé des membres de la famille royale ottomane, et par la même occasion, abolition du Ministère de la sharî’a & des waqf, et “unification de l’éducation” (comprendre : laïque).

Aussitôt, dans la nuit du 3 au 4, un messager de l’armée entrait dans la librairie du palais de Dolmabahçe où le calife Abdülmecid II récitait le Qur’ân, pour lui lire la proclamation de l’Assemblée : un peu avant la prière de fajr, après avoir pu rassembler quelques vêtements, le calife déchu était emmené avec sa famille, manu militari, à la gare de Sirkeci pour y être expulsé vers la Suisse via l’Orient Express. Il mourra le 23 août 1944 à Paris, boulevard Suchet, le jour de la reprise de la ville par les Alliés, et sera enterré au cimetière Baqi’ à Médine, non loin du premier calife de l’islam, Abû Bakr as-Siddiq (RA).

Ainsi s’achevaient 407 ans de califat ottoman, après avoir fait trembler Vienne, Rome & régné sur 3 continents. En Turquie même, le champ était désormais entièrement libre pour les projets belliqueux d’Atatürk à l’égard de tout ce qui se rapportait de près ou de loin à l’islâm. La nouvelle aura un impact fulgurant dans toute la Ummah, provoquant plusieurs conférences arabes sans lendemain (déjà), et surtout la révolte kurde de Sheykh Sa’id visant à rétablir le califat. Mais ceci est une autre histoire…

‘Issâ Meyer, 16 jûmada ath-thania 1439.

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