La déclaration Balfour

Il y a 100 ans jour pour jour, le 2 novembre 1917, le secrétaire d’État aux Affaires Étrangères britannique Arthur Balfour écrivait au baron de Rothschild ces mots qui resteront célèbres & seront souvent remémorés comme “la première pierre sur le chemin de la création de l’état d’Israël” :

“J’ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du Gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, sympathisant avec les aspirations juives sionistes, déclaration qui, soumise au cabinet, a été approuvée par lui : ‘Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif & emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif (…)’ ”

La déclaration de Lord Balfour entrait directement en confrontation avec un autre engagement pris deux ans plus tôt, le 24 octobre 1915, par Sir Henri McMahon à l’égard du chérif de la Mecque, leader des nationalistes arabes, Husayn ibn ‘Alî, en échange de sa rébellion armée contre le sultanat ottoman : celui “de l’indépendance & du contrôle arabe sur l’ensemble des zones qui seraient libérées de la mainmise turque”, et de la reconnaissance par les Britanniques d’un “califat arabe” sur ces régions, à savoir le Shâm, l’Iraq & la péninsule arabique. Mais les nécessités de la guerre, autant que le peu de cas que faisaient les puissances européennes de l’opinion des Arabes (les accords Sykes-Picot partageant le Moyen-Orient avaient été signés secrètement quelques mois plus tôt), avaient eu raison de ces promesses qui n’engageaient que ceux qui voulaient bien les croire.

Ainsi que Churchill le résumera plus tard, “l’année 1917 était l’époque où les éléments les plus résolus du gouvernement britannique cherchaient à enrôler toute influence capable de garder unies à la tâche les nations alliées. Le mouvement sioniste, dans le monde entier, était activement pro-Britannique. Ce mouvement n’était nulle part plus visible qu’aux États-Unis & nos espoirs reposaient dans une large mesure sur la part active que prendraient les États-Unis dans la lutte sanglante qui s’annonçait. Les talentueux dirigeants du mouvement sioniste & ses nombreuses ramifications exercèrent une influence appréciable sur l’opinion américaine & cette influence était constamment en notre faveur. (…) La Déclaration Balfour ne doit donc pas être regardée comme une promesse faite pour des motifs sentimentaux, c’était une mesure pratique prise dans l’intérêt d’une cause commune à un moment où cette cause ne pouvait se permettre de négliger aucun facteur d’assistance matérielle ou morale.”

Malgré la colère de Husayn, loser magnifique, et l’ironie du grand vizir Jeune-Turc Talat Pasha qui qualifiera la déclaration Balfour de “blague”, l’engrenage infernal était enclenché : dans la foulée, les troupes Britanniques entrent en Palestine & prennent Gaza, Jaffa puis al-Quds avant la fin de l’année 1917. En 1920, le mandat britannique sur la région était officiellement reconnu à la conférence de San Remo, et la colonisation de peuplement sioniste se mettait en place, chaque année plus pressante. Comme chacun le sait, les nationalistes arabes seront – dans ce qui deviendra une fâcheuse habitude – les grands cocus de l’Histoire, subissant l’occupation franco-britannique, la division territoriale de leur royaume promis et, donc, l’installation coloniale du Foyer national juif, qui deviendra l’État d’Israël, sur leurs terres.

‘Issâ Meyer, 13 safar 1439.

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