La chute du dernier grand des Ottomans

Le 27 avril 1909, le dernier “grand” des Ottomans, Abdülhamid II, était déposé suite à un coup d’état des Jeunes-Turcs, groupe d’officiers inspirés par la Révolution française.

Face au libéralisme d’inspiration européenne de l’ère des Tanzimat, dont il avait d’ailleurs suspendu la Constitution dès les premières années de son règne, Abdülhamid – diplomate reconnu & homme d’une grande piété – avait tenté pendant trois décennies de résister aux visées occidentales & de promouvoir le pan-islamisme comme idéologie officielle de l’empire, cherchant à rassembler les musulmans autour de son autorité politique & morale de ‘Commandeur des Croyants’ face aux convoitises coloniales, envoyant des prédicateurs à travers tout le monde musulman & même jusqu’au Japon, établissant des voies ferrées entre Constantinople, Bagdad & Médine, ou encore refusant la fameuse offre du sioniste Theodor Herzl de solder la dette ottomane en échange de la cession de la Palestine, avec cette réplique gravée dans l’Histoire : ‘Seul notre cadavre peut être démembré, je n’autoriserai jamais le dépècement de notre corps vivant.’

Mais le meilleur éloge lui vient sans doute du diplomate britannique Mark Sykes, celui-là même qui fut à l’origine du démembrement du Proche-Orient par les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale : ‘La chute d’Abdülhamid n’est pas celle d’un tyran : c’est celle d’une société & d’une vision. À la place du prestige impérial & de sa tradition fondée sur la religion, l’athéisme, le matérialisme & le libéralisme ont été adoptés. Istanbul a changé en une heure. L’islâm, qui était le soutien spirituel du peuple & l’inspiration de l’armée, est soudainement mort. Le calife, les oulémas & le Qur’ân ont cessé de régner, et ne sont désormais plus une source d’inspiration.’

L’Empire ottoman ne connaîtrait désormais plus que des défaites militaires & politiques, ouvrant la voie à la longue nuit kémaliste…

‘Issâ Meyer, 1 sha’bân 1438.

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