La bataille du Guadalete

Ou quand al-Andalus s’ouvrit à l’islâm…

Parmi les batailles de ramadân, si Badr changea le cours de l’histoire de l’humanité à tout jamais, celle du Guadalete (ou Wadi Lakkah) fait sans conteste partie de celles qui imprimèrent leur marque pour des siècles… La victoire obtenue en ce jour de ramadân par les mujâhidîn du mythique Tariq ibn Ziyad ouvrira la légende d’al-Andalus pour les huit cents ans à venir.

Nous sommes en l’an 91 (710) de l’Hégire & les musulmans, sous la direction du gouverneur omeyyade d’Ifriqiyya, Musa ibn Nusayr, viennent d’achever la conquête de l’Afrique du Nord en atteignant l’Atlantique & en prenant Tanger. Mais déjà, les guerriers d’Arabie & surtout leurs nouveaux compagnons d’armes berbères rêvent d’aller plus loin… L’occasion ne tarde pas à se présenter : le comte Julien, gouverneur byzantin de Ceuta (Sebta) dont la fille a été violée par le roi wisigoth d’Espagne Rodéric, s’allie aux musulmans & leur propose l’aide de sa flotte pour traverser la Méditerranée & ainsi se venger de l’affront.

De l’autre côté du Détroit, le royaume wisigoth est en pleine guerre civile après le coup d’état de Rodéric. C’est l’occasion rêvée de s’emparer des riches terres ibériques, de libérer la population du tyran & d’y étendre la parole d’Allâh… Rapidement, une première expédition est menée par Tarif ibn Mâlik pour cartographier le terrain & tester la résistance locale. Satisfait des résultats obtenus, le commandant berbère Tariq ibn Ziyad débarque à Gibraltar (Djebel al-Tariq) au printemps suivant, l’an 92 de l’Hégire, accompagné de sept mille guerriers essentiellement berbères également. Alors qu’il traverse le Détroit, il voit en rêve le Prophète ﷺ‬ entouré des muhâjirîn & des ansârs : ‘Ô Tariq! Sois persévérant, accomplis ce que vous êtes destinés à exécuter & sois doux envers les croyants’, lui ordonne-t-il. Le récit de ce rêve fait vite le tour de l’armée musulmane, exaltant la foi & la détermination des soldats.

Quand les musulmans posent le pied sur la terre d’al-Andalus, le roi Rodéric est occupé au Nord à mater une révolte basque; il n’apprend le débarquement que trois semaines plus tard et se lance alors à marche forcée vers le Sud. Entre temps, Tariq & ses hommes ont facilement pris possession d’Algésiras, Cadix et se dirigent vers Séville lorsqu’ils reçoivent le renfort d’un nouveau contingent de cinq mille combattants d’Afrique… À Cordoue, Rodéric met sur pied une imposante armée de plus de trente mille hommes, encadrée par l’élite de la noblesse wisigothe, la fine fleur de ces farouches guerriers germaniques.

Les premières escarmouches entre le corps expéditionnaire musulman & l’immense armée de Rodéric durent une semaine autour du lac La Janda, dans la plaine du Rio Guadalete… C’est là que les deux armées se fixent finalement, non loin de Cadix. Comme souvent, les musulmans sont en large infériorité numérique, un contre trois, et le roi adverse les sous-estime : Rodéric, du haut de son palanquin incrusté de diamants, fait même amener des milliers de cordes pour enchaîner les futurs captifs musulmans (!). Comme toujours, les musulmans feront plus que compenser ce désavantage numérique par un “fighting spirit” décisif au moment de la mêlée, surmotivés par leur foi en Allâh & l’éloquence de leur commandant, Tariq ibn Ziyad, qui montre l’exemple en chargeant le premier :

‘Soldats ! Rappelez-vous que je me placerai en première ligne de la glorieuse charge que nous allons mener… Au moment où nos deux armées se rencontreront, vous me verrez, n’en doutez pas un instant, chercher ce Rodéric, tyran de son peuple, le défiant en duel ! Si je tombe martyr après l’avoir tué, j’aurai au moins la satisfaction de vous avoir délivré, et vous trouverez facilement un héros à qui vous pourrez donner avec confiance la tâche de vous diriger. Mais si je venais à tomber avant d’atteindre Rodéric, redoublez d’ardeur, forcez-vous à l’attaque & achevez la conquête de ce pays, en le privant de sa vie ! Rodéric mort, ses soldats ne vous opposeront plus aucune résistance.’

Sur ces mots, la bataille s’engage : elle durera deux jours entiers. L’armée musulmane utilise la tactique qui a toujours fait son succès jusqu’ici, le “hit and run” : des attaques violentes & foudroyantes suivies de retraits rapides grâce à ses petites unités ultra-rapides & mobiles, épuisant la lourde armée wisigothe qui, de par sa taille & son équipement, doit manoeuvrer en masse & difficilement. La cavalerie berbère fait des ravages dans le camp de Rodéric; la discipline & l’unité du camp musulman autour d’une chaîne de commandement efficace contrastent avec le manque d’organisation des Wisigoths, qui tourne parfois à la panique générale, et l’ardeur au combat des guerriers d’Allâh au son des takbirat ne peut manquer d’effrayer davantage des soldats wisigoths qui ne savent pas vraiment pourquoi ils se battent, sinon pour un tyran à la légitimité douteuse.

Au deuxième jour a lieu le tournant de la bataille : les fils de Wittiza, l’ancien roi assassiné par Rodéric, décident de venger leur père en désertant le champ de bataille avec leur corps de cavalerie qui tenait le flanc droit de l’armée wisigothe. La brèche est ouverte pour le corps d’élite des mujâhidîn, les légendaires “Mujaffafa” (cavaliers arabes), reconnaissables à leur cotte de mailles & surtout à leur turban noir, qui s’y engouffrent avec fougue : en quelques minutes, la route est ouverte pour le reste de la cavalerie & les fantassins berbères qui anéantissent littéralement l’armée wisigothe, submergée de toutes parts. C’est un véritable carnage : le roi Rodéric meurt dans la mêlée, la noblesse wisigothe est décimée & seuls quelques dizaines de chanceux parviennent à s’enfuir pour rejoindre Tolède, la capitale du royaume…

Dans le camp musulman, les pertes sont également importantes : en ce 28 ramadân 92, plus de trois mille hommes sont tombés martyrs dans les plaines d’al-Andalus, soit un quart de l’armée… Mais ils n’ont pas combattu en vain : comme l’avait prédit Tariq, le roi Rodéric mort, son armée & sa noblesse anéanties, toutes les villes du royaume s’ouvrent une à une à l’islâm ! La capitale Tolède est prise quelques semaines après la bataille, consacrant la chute de la tyrannie wisigothe; surtout, la population ibérique, exaspérée par des années d’épidémies, de famines, de gestion désastreuse, de guerre civile & de persécutions des minorités, accueille partout l’armée islamique en libératrice. La magie d’al-Andalus était née, pour ne s’éteindre que près de huit siècles plus tard…

‘Issâ Meyer, 28 ramadân 1439.

1 commentaire sur « La bataille du Guadalete »

  • Que la paix soit sur vous,
    Très bel article, bien écris et agréable à lire. Qu’Allah, le Très-Haut vous récompense et je loue et remerci Allah de m’avoir permis de trouver votre site et je remercie Allah de m’avoir fait aimer l’histoire.
    Qu’Allah récompense Tariq Ibn Ziyâd des plus belles récompenses pour tout les exploits qu’il a accomplis et qu’Allah récompense ceux qui ont combattu auprès de lui et qu’Allah accepte les martyrs et leur donne les plus hauts degrés dans le Paradis.
    Oh, comme j’aurais aimé être l’un de ces mudjâhidin ; combattant en première ligne et recherchant le martyr

    Encore une fois, qu’Allah vous récompense ! Amîn.

Laisser un commentaire