Envoûtante Zanzibar

Si l’île de Zanzibar est aujourd’hui essentiellement connue pour ses plages paradisiaques & son tourisme, elle fut aussi – et surtout – pendant des siècles le bastion depuis lequel l’islâm se répandit en Afrique de l’Est, ainsi que le siège d’un somptueux sultanat…

Sa position stratégique – au large des côtes africaines (Tanzanie actuelle) & à portée des navires de la péninsule arabique grâce aux vents des moussons qui les transportent à travers l’Océan indien – intéresse très vite les marchands yéménites & perses, qui s’y établissent en petit nombre dès le 10ème siècle. Des colons de Shiraz y construisent, en l’an 500 de l’Hégire (1107), la première mosquée de l’hémisphère Sud, à Kizimkazi, tout en multipliant les alliances avec les chefs de tribus de l’île, y propageant ainsi l’islâm par le commerce & le mariage.

Ce fragile équilibre est rompu par la visite de Vasco de Gama en 1499 puis la conquête de Zanzibar par les Portugais, qui vont s’installer pour deux siècles. L’île repasse sous contrôle musulman en 1698, à la faveur de la montée en puissance du sultanat d’Oman, qui se bâtit un empire maritime depuis la péninsule arabique & chasse les Portugais. La ville de Stone Town devient la ville la plus florissante d’Afrique de l’Est, carrefour d’un fructueux commerce d’ivoire & d’esclaves où débarquent chaque année des milliers de dhows (navires traditionnels arabes), au point que le sultan d’Oman Sa’id ibn Sultan y déplace la capitale de son empire en 1840.

De là, il règne sur tout le sud-est de la péninsule arabique, les côtes de l’Iran, de la Somalie, du Kenya & de la Tanzanie, et étend son influence profondément à l’intérieur de l’Afrique, jusqu’aux rives du fleuve Congo & aux Grands Lacs. Les Arabes de Zanzibar couvrent leur île de minarets blancs, de jardins & de somptueux palais dans un environnement propice aux fantasmes des orientalistes, qui fascinera notamment l’explorateur britannique Richard Burton, lui qui décrira Stone Town comme un endroit où “tout, la mer, la terre & le ciel, semblait enveloppé dans un repos doux & sensuel”.

Une atmosphère presque enchanteresse réduite à néant par les appétits coloniaux des Allemands (Tanzanie), Italiens (Somalie) & surtout des Britanniques qui dépèceront progressivement les possessions du sultan de Zanzibar à la fin du 19ème siècle, avant que la révolution communiste de 1963 ne vienne mettre définitivement fin à l’identité arabe de l’île…

‘Issâ Meyer, 6 dhû al-hijja 1438.

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