Malahayati, la première femme amirale du monde

Fascinant destin que celui de Malahayati, la trop méconnue première femme amirale du monde et sans conteste l’une des grandes héroïnes de l’Histoire islamique !

Celle qui allait devenir la terreur du golfe de Bengale naît au 16ème siècle dans le sultanat d’Aceh, un royaume musulman qui a pris la succession de la médiévale Pasai, le premier état islamique de la région. Surnommé « le porche de Makkah », Aceh est alors le bastion de la propagation de l’islâm en Asie du Sud-Est, un grand centre d’études où Qur’ân et autres textes sont traduits en langue malaise. Surtout, entre l’Indonésie et la Malaisie modernes, Aceh contrôle le stratégique détroit de Malacca, où transite tout le commerce entre l’Extrême-Orient, notamment la Chine, et le reste du monde, ce qui ne manque pas de susciter des convoitises…

Arrière-petite-fille du fondateur du sultanat Ibrahim ‘Alî Syah, fille et petite-fille d’amiral, Malahayati grandit dans ce contexte militaire et princier : après des études islamiques, elle est formée à l’académie navale d’Aceh, Ma’had Bayt al-Maqdis, et épouse un commandant de la marine royale. Un événement va changer sa vie : les Portugais, qui ont pris pied dans la région en détruisant le sultanat de Malacca, tentent d’envahir Aceh. Ils sont repoussés à la bataille de la baie d’Haru, mais au prix de lourdes pertes : des milliers de soldats et marins du sultanat sont tombés martyrs, dont le mari de Malahayati. Cette dernière fait alors le serment de venger la mort de son époux, et de ne plus quitter les champs de bataille jusqu’à le rejoindre…

Elle se rend auprès du sultan d’Aceh pour solliciter de lui la permission de lever une armée formée des veuves de la bataille d’Haru : al-Mukammil accepte, lui octroie une base navale, une forteresse, une flotte de plusieurs dizaines de navires et la nomme Première Amirale. Pendant de longues années, Malahayati va ainsi protéger les frontières et routes commerciales du sultanat, guerroyant sans relâche contre les visées coloniales des Portugais, puis des Hollandais. Car ces derniers, qui tentent de s’implanter pacifiquement dans la région, ont commis une faute irréparable en employant un traducteur portugais pour leurs négociations : ulcéré par ce qu’il perçoit comme un affront, le sultan al-Mukammil déclare la guerre aux Pays-Bas. S’ensuit une série de batailles navales dont l’amirale Malahayati sort à nouveau victorieuse, parvenant à tuer le commandant hollandais Cornelis de Houtman et à emprisonner son frère.

Respectée jusqu’en Europe, elle devient alors commandante de la Garde Royale du palais et ministre des affaires étrangères du sultanat, négociant notamment des traités commerciaux avec les envoyés de la reine d’Angleterre Elisabeth, et finalement « faiseuse de rois », puisqu’elle fera déposer le souverain ‘Alî Riayat, successeur d’al-Mukammil, qu’elle percevait comme trop faible, pour faire couronner Iskandar Muda, sous le règne duquel Aceh connaîtra son âge d’or. Elle tombera enfin martyre, comme elle en avait fait le serment et de la même manière que son époux, lors d’un nouvel assaut naval contre les Portugais, dans une baie du détroit de Malacca…

‘Issâ Meyer, 11 dhû al-hijja 1438.

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