La bataille d’al-Qadisiyyah

Le 16 novembre 636 débutait la glorieuse bataille d’al-Qadisiyyah, aux confins du désert irakien. L’une de celles qui devaient changer le cours de l’Histoire : trois jours plus tard, l’Empire perse était à genoux, soumis par une nouvelle superpuissance surgie du désert à peine quelques années plus tôt.

Trois ans déjà que les musulmans guerroyaient en Iraq, depuis les premières incursions & la campagne victorieuse de Khalid ibn al-Walid sur les bords de l’Euphrate en l’an 12 de l’Hégire (633). Malgré des succès initiaux, les musulmans, engagés simultanément face aux Byzantins au Shâm, avaient dû abandonner leurs conquêtes pour se replier aux confins du désert d’Arabie. Des circonstances que l’empereur perse, Yazdegerd III, avaient perçu comme l’occasion de renvoyer une bonne fois pour toutes les Arabes dans leur lointain désert : il ordonnait désormais à toutes les forces de son empire de se rassembler en Iraq pour mener une contre offensive décisive.

Entre-temps, en août 636, l’armée islamique du Shâm a remporté la grande victoire de Yarmouk contre les Byzantins, soulageant la double pression qui pesait sur les musulmans : sous le commandement du noble Compagnon Sa’d ibn Abî Waqqas, ‘Umar lance une nouvelle armée de plusieurs milliers de volontaires vers l’Iraq – il décide même de lever pour l’occasion le bannissement des membres des tribus ex-apostates des affaires militaires. Le calife devait d’ailleurs avoir un rôle primordial & diriger presque directement la bataille à venir, étant informé des événements & distillant ses ordres via un flux ininterrompu de messagers.

Les deux forces se rencontrent finalement à al-Qadisiyyah, au bord d’un affluent de l’Euphrate : la fine fleur de l’armée perse, 100.000 fantassins & cavaliers lourds menés par le fameux général Rustum, fait face à une trentaine de milliers de musulmans organisés en contingents tribaux. Après plusieurs semaines de négociations infructueuses & de tentatives de Rabi’ ibn ‘Amir puis d’al-Mughira ibn Shu’ba de convertir les Perses à l’islâm, la bataille débute finalement au matin du 16 novembre 633 par une violente charge générale perse. Décimés par les archers, les rangs des musulmans s’effondrent rapidement sous la pression des éléphants de guerre qui effraient les chevaux arabes : l’intervention du commandant Asim ibn ‘Amr, qui ordonne à ses hommes d’abattre les conducteurs d’éléphants avant de couper les sangles de leurs selles, laissant les lourds animaux se mouvoir librement dans la plaine, sauve la journée, qui s’achève sans gain de part & d’autre. Elle sera connue sous le nom de ‘Yawm al-Armath’, le jour du chaos.

Le lendemain arrivent enfin les renforts du Shâm : 5000 vétérans aguerris, héros de Yarmouk, sous les ordres d’al-Qa’qa ibn ‘Amr. Ce dernier ne manque pas de faire apprécier rapidement ses talents de commandant : il ordonne d’abord une charge de chameaux déguisés en bêtes étranges afin d’effrayer les chevaux perses, puis s’enfonce dans les rangs ennemis avec les meilleurs de ses hommes pour tenter d’assassiner le général en chef perse. Mais Rustum parvient cette fois-ci à repousser l’assaut, et le deuxième jour des combats se termine à nouveau sur un bilan confus & globalement neutre.

Le troisième jour de la bataille va être témoin des affrontements les plus sanglants : Rustum veut en finir avant que les musulmans ne puissent bénéficier de nouveaux renforts. Il lance une offensive générale sur toute la largeur du front, appuyée à nouveau par ses éléphants de combat. Alors que les lignes de l’armée islamique sont au bord de l’effondrement complet, al-Qa’qa ordonne cette fois-ci à ses meilleurs hommes de mutiler les éléphants : effrayées, les bêtes retournent violemment sur leurs pas, semant la panique dans les rangs perses. Dans la foulée, Sa’d ibn Abî Waqqas lance une contre-offensive suivie de combats féroces qui vont durer toute la nuit, qui sera remémorée sous le nom de ‘Laylat al-Harir’, la nuit des grondements.

À l’aube, alors que les hommes n’ont pas cessé le combat depuis près de 24 heures, al-Qa’qa, conscient que c’est désormais à l’endurance que se jouera le sort de la bataille, lance à ses hommes : « Banû Tamim! Combattez encore une heure, et l’ennemi sera défait; juste un dernier assaut, et la victoire sera nôtre! » Et c’est effectivement ce qui se produit : à midi, les vétérans d’élite d’al-Qa’qa parviennent à percer le centre-gauche perse. Le coup fatal intervient avec la mort mystérieuse du général Rustum, au milieu d’une tempête de sable. Complètement démoralisés, les soldats perses abandonnent leurs rangs & fuient par le pont de la rivière Atiq, vers leur capitale Ctésiphon, désormais à portée de main des musulmans & sans défense… La victoire est complète pour les musulmans, malgré le martyre d’au moins un tiers de l’armée islamique.

Si ses convulsions devaient encore durer presque deux décennies, l’Empire perse était bel & bien mort à al-Qadisiyyah.

‘Issâ Meyer, 27 safar 1439.

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