Et le Maroc naquit…

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle de l’arrière-petit-fils de Hasan ibn ‘Âlî – et donc descendant en droite ligne du Messager d’Allâh ﷺ‬, Idriss, vaincu par les Abbassides & pourchassé à travers toute l’Afrique du Nord, de Makkah à Tanger. Et celle de la tribu berbère qui lui accorde l’hospitalité au cœur des collines qui séparent le Rif de l’Atlas, les Awraba.

Le premier cherche une terre d’accueil où il ne craindra plus les assassins du puissant Hârûn ar-Rashîd, qui l’ont manqué de peu en Égypte. Les seconds, convertis à l’islâm après s’être d’abord farouchement opposé aux armées omeyyades, ont désespérément besoin de sa légitimité symbolique pour s’imposer face à leurs tribus rivales, chrétiennes, juives ou païennes. L’affaire est vite conclue. À Walîlî, l’antique cité romaine de Volubilis dont les Berbères ont fait leur capitale, Idriss épouse Kenza, fille d’Ishaq, le chef de la tribu des Awraba, et se fait proclamer émir.

Le premier royaume musulman du Maroc était né, le 5 février 789, par l’union ô combien symbolique d’un imâm arabe & d’une princesse berbère autour du ciment sacré de l’islâm – et du prestige des Ahl ul-Bayt. La fondation de la ville de Fès, dont Idriss creuse lui-même les fondations à l’aide d’une pioche (qui donnera son nom à la cité), marque la concrétisation de ce rêve royal qui durera plus d’un millénaire et sera poursuivi par tant de dynasties. Et la mayonnaise prend : en moins de deux ans, Idriss reçoit l’allégeance de toutes les tribus du nord du pays, qui embrassent l’islâm en masse, et marche sur Tlemcen. C’en est trop pour le calife de Bagdad, qui a déjà subi la sécession d’al-Andalus quarante ans plus tôt : le descendant du Prophète ﷺ‬ est retrouvé par un agent abbasside qui parvient à l’empoisonner.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le fruit de son mariage princier avec la fille de son hôte, le bien-nommé Idriss II, naît quelques semaines plus tard. Élevé par le fidèle affranchi de son père, Rashîd, le jeune prince montre vite des prédispositions exceptionnelles, comme un symbole du haut-lieu de savoir islamique que deviendra son royaume : il lit à quatre ans, connaît le Qur’ân par cœur à huit ans, monte sur le trône à onze ans. Grand guerrier, d’une piété & d’une sagesse hors normes, il poursuit l’unification du Maghreb al-Aqsa, entamée par son père, sous la bannière de l’islâm, pose les bases d’une administration centrale, le makhzen, et agrandit Fès, où il accueille les Arabes expulsés de Cordoue & de Kairouan. Lorsqu’il rend l’âme, en 828, son pouvoir s’étend de la Méditerranée au Souss.

Par la prédication comme par les armes, les deux Idriss auront posé les bases de l’identité islamique du Maroc, une synthèse si particulière au cœur de l’histoire de la Ummah, aujourd’hui si menacée…

‘Issâ Meyer, 21 jûmada al-‘ûlâ 1439.

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