‘Amr ibn al-‘As, le libérateur de l’Égypte

Ainsi étaient les sahâbas.

Le 6 janvier 664, en l’an 43 de l’Hégire, décédait celui qui restera dans l’Histoire comme le libérateur de l’Égypte : ‘Amr ibn al-‘As (qu’Allâh soit satisfait de lui).

Que de chemin avait été parcouru depuis les premières années de la Révélation, durant lesquelles ce jeune noble de Quraysh avait compté parmi les plus farouches ennemis de l’islâm ! Envoyé des polythéistes mecquois auprès du Négus d’Abyssinie pour y réclamer l’expulsion des réfugiés musulmans, il avait, entre autres, également combattu avec fougue l’armée islamique à la bataille d’Uhud, aux côtés de son ami de toujours Khalid ibn al-Walid. Mais la Foi a parfois des raisons que la raison ignore, et depuis son escapade africaine avait petit à petit grandi en lui la conviction que Muhammad ﷺ‬ était bien le messager qu’il disait être, et que son message était la seule & unique Vérité…

En l’an 8 de l’Hégire, il avait enfin décidé de prendre la route de Médine. Route sur laquelle il avait croisé, nouveau signe du Destin, ses amis Khalid ibn al-Walid & ‘Uthman ibn Talha… À la vue de ces trois hommes venus humblement embrasser l’islâm & mettre leurs épées au service de la Religion d’Allâh, le Prophète ﷺ‬ s’était exclamé : ‘Makkah nous envoie le fruit de ses entrailles!’ En ce jour, la Ummah s’était en effet agrandie de ceux qui deviendraient ses deux plus grands généraux & conquérants. Non sans toutefois une dernière hésitation de ‘Amr, inquiet des conséquences de ses actions antérieures, que le Prophète ﷺ‬ avait ainsi rassuré : ‘Ne sais-tu pas, ‘Amr, que la conversion à l’islâm efface tout ce qui l’a précédée ?!’ Face au regard plein d’humilité de ‘Amr, il avait alors poursuivi : ‘Les hommes ont embrassé l’islâm, mais ‘Amr a embrassé l’imân (la foi) !’

Nommé presque immédiatement à la tête d’une expédition, celle de Dhât as-Salâsil, puis gouverneur d’Oman, il y avait acquis la conversion des tribus avant de tenir un rôle de premier rang lors des guerres contre les apostats qui avaient émaillé le califat d’Abû Bakr. Au nouvel appel de ce dernier qui l’invitait à prendre la tête d’une armée, il répondit avec éloquence : ‘Je suis l’une des flèches de l’islâm; avec Allâh, tu es l’archer qui me dirige & j’irai me planter là où tu me le diras!’ C’est donc encore une fois aux côtés de Khalid ibn al-Walid qu’il pénétrera au Shâm, où il sera de toutes les batailles décisives, d’Ajnadayn au siège de Damas en passant par Yarmouk, où il commande l’aile droite de l’armée musulmane. Gouverneur de Palestine, il entre à Jérusalem derrière le calife ‘Umar lors de ce moment historique gravé dans la légende de la Ummah.

Mais déjà, il voit plus loin. Il est convaincu que c’est en Égypte que se jouera la part la plus glorieuse de son destin. Après avoir convaincu ‘Umar, réticent, il entre au pays des Pharaons à la tête de 4000 cavaliers en l’an 18 de l’Hégire. L’Histoire retiendra qu’ayant reçu un messager de Médine en chemin, il ne prend connaissance de la missive du calife – qui l’invite à annuler son expédition s’il n’est pas encore en Égypte mais à la poursuivre s’il est déjà dans le pays – qu’une fois entré dans le Sinaï. Bien lui en a pris : en moins de 2 ans, il écrase les armées byzantines qui occupent l’Égypte à Héliopolis puis, au terme d’un siège acharné, entre dans la grande cité portuaire d’Alexandrie. La libération de l’Égypte, aujourd’hui encore étudiée dans les écoles militaires, est la démonstration la plus éclatante du génie tactique & stratégique de ‘Amr ibn al-‘As, celui qu’Abû Bakr nommait, déjà, ‘le plus malin des Quraysh’.

Ses talents d’homme d’État ne sont pas moins impressionnants : en tant que gouverneur d’Égypte, il fonde une nouvelle capitale Fustat, qui deviendra le Caire, établit la première mosquée d’Afrique, fait creuser un canal du Nil à la mer Rouge, gagne le cœur des Coptes majoritaires jusqu’ici persécutés par les Byzantins. Il a posé les bases d’une Égypte islamique qui durera des siècles, et plus encore. La suite de l’histoire est, naturellement, plus sujette à débat pour les musulmans : devenu un proche du gouverneur du Shâm, Mu’awiyah, ‘Amr prend son parti lors de la fitna qui l’oppose à ‘Alî, avant d’être désigné arbitre à l’issue de la bataille de Siffin, ce qui lui vaut d’être ciblé par une tentative d’assassinat des khawarij.

Sur son lit de mort, c’est à ces mots qu’il reviendra sur sa vie tumultueuse & indiquera ses dernières volontés : ‘Dans ma vie, je suis passé par trois états. Il fut un temps où j’étais l’homme le plus hostile & rempli de haine à l’égard du Messager d’Allâh. Mon plus grand désir était alors d’avoir la simple occasion de le tuer. Si j’étais mort dans cet état, j’aurais sans nul doute été des gens de l’Enfer. Puis, Allâh mit l’islâm dans mon cœur, je vins trouver le Prophète ﷺ‬ & lui fis allégeance. (…) Nul n’était alors plus aimé de moi que le Messager d’Allâh. Je ne pouvais emplir entièrement mon œil de son image tant je le vénérais & si l’on m’avait demandé de faire sa description, j’en aurais été incapable tant mon respect m’empêchait de fixer sur lui mes regards. Si j’étais mort dans cet état, j’aurais eu le ferme espoir d’être des gens du Paradis. Puis on nous a confié des responsabilités & je ne sais quel a été mon état dans l’exercice de ces fonctions… À ma mort, ni pleureuses ni feu dans mon cortège funèbre. Quand vous m’aurez enterré, faites couler lentement sur moi la terre, et restez autour de ma tombe le temps d’abattre une chamelle & d’en distribuer la viande afin que votre présence m’aide à supporter ma solitude… Et que je puisse me préparer à répondre aux anges de mon Seigneur.’

Qu’Allâh soit satisfait de lui !

‘Issâ Barbarossa, 20 rabî’ ath-thani 1439.

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